Une histoire sans nom.
- Tom!!
Sans avoir réellement l'occasion de me retourner, je la vis surgir de cette vieille ruelle, trotinant avec peine, le bruit de ses talons claquant sur les pavés.
Je ne pus retenir un petit rire, pensant au mal de chien qu'elle devait avoir à se déplacer et à la fortune que le créateur de ces chaussures avait du toucher. Ahh les femmes...
- Lizzie... Comment va tu? Cela fait quelques temps que je ne t'ai plus vu..
- Je sais, vraiment navrée... Cache moi s'il te plait, un homme louche me fixe depuis que je suis assise sur ce banc.
- Partons..
Et tout me revint.. Le doux parfum de ses cheuveux, son sourire, ses yeux, sa naïveté déconcertante.. Je crois que je n'ai toujours pas réussi à tourner la page avec elle.
Nous rentrâmes donc dans mon studio, néanmoins très accueillant avec le lit-canapé dépliant que mes parents m'avaient offert pour mon anniversaire, la petite table en bois, les petites babioles auxquelles je tenais tant..
Sur le chemin, elle avait pris ma main sans un mot, sans un regard.
- Excuse moi, je n'ai pas eu le temps de ranger ce matin. Je te sers un café?
Elle ne m'ecoutait pas, observant pensivement nos quelques photos, ses dessins sur lesquels elle passait des après midi entiers en ecoutant la radio, et le collier que je lui avais offert, qu'elle me lanca folle de rage le soir où nous nous sommes disputés.
- Tu n'as pas changé, Tom.. Quelles sont les nouvelles?
- Et bien.. J'ai retrouvé un job en tant qu'ingénieur du son mais rien de très prenant, je ne travaille que 3 jours par semaine tu sais... C'est un passage obligé, il faut bien faire vivre la maison, mais ce n'est plus pareil sans toi. Je souris à contre coeur.
Génée, elle tourna la tête vers la fenetre de mon balcon qui donnait sur le vieux port.
- Et toi? Il me semble t'avoir entendu parler d'une agence de traduction pour comptables en voyages d'affaire.
Elle etait douée pour les langues. Il arrivait parfois, qu'elle me murmure quelques mots en espagnol à l'oreille, une sensation inconnue s'emparait alors de moi.
Elle ne répondit rien.
Puis l'inevitable finit par arriver. Au moment où je m'y attendais le moins, elle se mit à pleurer et je ne pus m'empecher de la prendre dans mes bras. Nous restâmes quelques minutes dans cette posture, je me sentais bête, elle aussi.
Le temps s'etait comme arrété et plus rien n'importait à nos yeux. J'etais avec elle, elle avec moi, rien ne pouvait à présent nous séparer.
Elle m'embrassa.
Le lendemain, la soirée ne quittait plus mes pensées.
Lizzie avait du partir tôt car elle etait soit disant attendue à une soirée mondaine. Je n'aurai certainement pas refusé si elle m'avait proposé de l'accompagner mais cela n'arriva pas.
J'essayai de l'appeller, mais je tombais directement sur sa boîte vocale.
- Lizzie? C'est Tom... A propos d'hier soir, je ne sais pas ce qu'il s'est passé... Je suis désolé si j'ai fait quelque chose de mal. Je te propose de me rejoindre ce soir à 18h au café Jeanne D'Arc, histoire de discuter un peu. Je t'embrasse.
Je pris une douche, enfila mon peignoir, m'etendit sur le canapé et alluma la télévision.
Un documentaire sur les Daft Punk, mon groupe préféré passait sur Arte mais je n'avais pas la tête à cela. Je m'assoupis car la nuit fut courte. Dur de trouver le sommeil après de telles retrouvailles. Tout s'etait enchainé tellement vite...
La journée se déroula tranquillement et plutôt lentement à mon goût mais l'heure dite approcha enfin.
Préssé, je partis en oubliant la clé à l'intérieur.
- Ce n'est pas grave, je rentrerai par la fenetre ouverte de mon balcon, pensais-je.
Arrivé dans la rue, je m'allumai une cigarette, tirai une latte, et cette bouffée de fumée me fit du bien.
Sur le chemin, j'avais le pressentiment d'être suivi, comme fixé par un serpent ne lâchant plus des yeux sa pauvre proie qui vivait ses derniers instants de vie.
J'arrivai enfin sur la place du café, après 10 minutes fatigantes de marche sous un soleil de plomb.
Passant devant une vitrine qui renvoyait mon reflet à la perfection, je jeta rapidement un coup d'oeil à celle ci. Je ne me trouvais pas trop mal dans mon bermuda beige et mon tee shirt bleu.
J'etais comme la plupart des hommes de mon âge, 1m80, brun, les cheveux courts, un vrai stéréotype... Mais difficile d'être différent aujourd'hui avec toutes ces modes.. Alors j'essaye de rester un minimum naturel.
Je m'assit à une table à l'ombre et commanda un martini.
20 minutes passèrent et personne ne vint. J'entrepris de partir, et commença à ranger mes affaires quand un détail attira mon attention. Un numéro de téléphone était écrit à l'encre rouge sur ma note.
Je tapai ce numéro dans mon répertoire afin de vérifier si cette personne ne m'étais pas connue. Apparemment non...
Qui cela pouvait être? Et comment savait il ou elle que j'allais m'asseoir à cette terrasse?
- J'appellerai plus tard..
Après avoir réglé le serveur et m'être éloigné de ce café (qui avait été le spectacle de la bêtise même dont j'ai fait preuve en donnant rendez vous à Lizzie), je décidai de faire un détour par le parc. Bizarrement, j'avais envie de marcher ce soir la.
Après plusieurs centaines de mètres, j'observa le ciel qui commençait à s'assombrir et sentis une goutte tomber sur mon visage.
Il était temps de retrouver mon toit.
Je regretta un peu de ne pas avoir pris un haut à manches longues. Le vent s'était levé, je frissonnais.
J'accéléra le pas car la pluie se faisait de plus en plus forte.
A 100 mètres de chez moi, sous un torrent d'eau tiède, J'aperçus une silhouette au loin qui attendait devant la porte de l'immeuble.
Quand son visage m'apparut je reconnus avec stupéfaction Lizzie, trempée elle aussi.
- Qu'est ce que tu fais là?? dis-je d'un ton nerveux.
- Je.. Il faut que tu partes! Je n'aurai jamais du revenir te voir, si tu savais comme je m'en veux..
- Hein? Mais de quoi tu parles?
- Ils sont là hauts.. Il ne faut surtout pas que tu y ailles!
Je commençais à m'impatienter.
- Mais qui? Je ne comprends pas un traître mot de ce que tu racontes. Et puis je suis fatigué laisse moi. J'ai pensé toute la journée à nous deux. Je ne sais plus où j'en suis et j'ai un réel besoin de faire un break avec toi... Laisse moi entrer.
Elle me bloqua le passage.
- Tom, si tu entres il te tueront, et je ne laisserai pas quelqu'un t'enlever de ma vie une fois de plus, dit-elle les larmes aux yeux.
- Retiens tes pleurs, cela ne fonctionne plus avec moi.
Je poussa la porte mais elle insista.
- TOM NON!
Le cri retentit dans la cage d'escalier et l'on entendit une porte s'ouvrir.
Elle m'attrapa et commenca à courir, m'entrainant tant bien que mal. Je me résigna à la suivre car elle avait enfoncé ses ongles vernis dans ma peau en me tirant et j'avais à présent plusieurs marques rouges sur mon avant bras.
- LIZZIE ARETTE TOI! OU ALLONS NOUS??